La langue des signes chez les gorilles : quand les grands singes nous parlent
Découvrez comment des gorilles comme Koko ont appris la langue des signes et ce que cela nous révèle sur le langage et l'intelligence animale.
24 avril 2026Koko : la gorille qui a révolutionné la linguistique
Impossible d’aborder ce sujet sans parler de Koko, une femelle gorille née en 1971 au zoo de San Francisco. Sous la direction de la primatologue Francine Patterson, Koko a été initiée dès son plus jeune âge à la langue des signes américaine (ASL).
Les résultats ont été stupéfiants. Au fil des années, Koko a acquis un vocabulaire actif d’environ 1 000 signes, avec une compréhension passive estimée à plus de 2 000 mots en anglais oral. Elle ne reproduisait pas des signes mécaniquement : elle les combinait pour créer de nouvelles expressions et exprimait des émotions complexes comme la tristesse ou la joie.
L’une des anecdotes les plus célèbres reste le moment où Koko a demandé à avoir un chat comme compagnon. Lorsque son chaton est décédé, elle a utilisé la langue des signes pour exprimer sa peine. Cet épisode a profondément marqué la communauté scientifique.
Comment les gorilles apprennent-ils la langue des signes ?
L’enseignement repose sur des méthodes progressives, similaires à celles utilisées avec les jeunes enfants :
- Le modelage manuel : le scientifique guide physiquement les mains du gorille pour reproduire le signe correct
- Le renforcement positif : chaque signe correctement exécuté est récompensé par de la nourriture ou des encouragements
Les gorilles possèdent une dextérité manuelle suffisante pour reproduire de nombreux signes. Ils semblent même développer une utilisation spontanée et créative des signes appris, ce qui rend leur cas particulièrement intéressant pour les linguistes.
Ce que cela nous apprend sur le langage humain
Ces expériences soulèvent des questions fondamentales sur la nature du langage. Parmi les découvertes les plus marquantes avec Koko :
- La conscience de soi : elle utilisait le pronom “moi” de manière cohérente
- Le mensonge : elle a parfois décrit des situations fausses pour éviter des réprimandes
- La créativité lexicale : ne connaissant pas le signe de “bague”, elle l’a décrite comme “bracelet-doigt”
Ces observations montrent que certaines capacités cognitives liées au langage ne sont pas strictement humaines.
Les limites et controverses
La recherche n’est pas sans critiques. Certains linguistes évoquent le risque de projection anthropomorphique : les chercheurs, très proches de leurs sujets, pourraient surinterpréter les signes produits. D’autres questionnent si utiliser des signes pour obtenir une récompense constitue une véritable communication symbolique.
Conclusion
L’histoire des gorilles et de la langue des signes demeure l’un des sujets les plus fascinants à l’intersection de la linguistique et de la primatologie. Elle nous invite à reconsidérer les frontières entre le monde humain et animal, et à mieux comprendre ce que signifie vraiment communiquer.